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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 23:29

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Sur le sujet :

Votre monde de l'argent

Fallait bien remplacer Dieu par quelque chose...

 

Alors EMMAÜS, vous connaissez ? Oui, vous devez connaître tout comme moi...Vous savez le truc qui a été fondé par l'abée Pierre, celui qui a été nommé "personnalité préféré des Français" pendant des dizaines d'années avant que ça ne soit le tour de Zidane ou Noah...Vous devez connaître l'acte fondateur de la première communauté EMMAÜS pendant le rude hiver 1954, ou l'abée Pierre lança un cri d'alarme à la population et aux pouvoir publics français, qui laissaient crever de froid des milliers de gens dans la rue...Peut-être que tout comme moi, vous êtes un usager d’Emmaüs. Que vous y passez de temps à autre pour vous choper des fringues, ou des meubles pas cher...Peut-être que vous les appelez lorsque vous vous changez votre mobilier et que vous voulez fourguer vos anciennes commodes...Pour ma part, j'ai équipé tout mon appartement chez EMMAÜS. Ça m'a couté moins de 100 euros en tout, soit le prix d'une table basse chez IKEA, qui est sensé être le magasin de meuble le moins cher du marché...C'est dire ! Bon moi, comme d'autre, je pourrais me meubler autrement, mais c'est vrai que je roule pas sur l'or, alors c'est bien pratique. Et puis, vu tout ce qui est jeté, je n'ai pas l'impression de m'équiper au détriment de quelqu'un d'autre...Mais EMMAÜS, c'est surtout des communautés qui aident les personnes en détresse à se reconstruire, se resocialiser et à s'autonomiser par le travail. Donc voilà, à la base, chez EMMAÜS, j'aime bien l'idée d'aider des gens exclus par la société, à se reconstruire dans la dignité...EMMAÜS, c'est aussi bien pratique pour moi et tous les précaires qui n'ont pas de quoi se payer des meubles, ou des fringues...

Comme l'immersion est à la mode en ce moment et que je suis quand même vachement dans le vent, j'ai décidé de m'y mettre aussi et de m'immerger dans l'univers d’Emmaüs, pour vous faire goûter ce que j'y ai vu, entendu, ce que j'ai senti et ce qui m'y a touché.

Alors je vais vous raconter qui sont les communautés, ce qu'elle représentent aux yeux des acteurs qui les font vivre, comment elles fonctionnent, selon quels principes...Bref, dans cette petite immersion, j'y ai vu un peu plus clair sur une institution que nous connaissons pratiquement tous, mais dont nous connaissons plus rarement les subtilités de fonctionnement et les réels but de leur action. 

La communauté EMMAUS : pour qui a t-elle été faite ?

Le constat actuel est qu'environ 130 000 personnes en France, vivent dans la rue. EMMAUS tente de répondre à ce constat en axant son action sur la problématique du logement. Rien de plus logique finalement : des gens sont à la rue, ils n'ont donc pas de toit, il y a des raisons à cela...Ils n'ont pas de thune pour se payer un loyer, ils sont en isolement et ne disposent pas de relation pour les aider, les héberger..Les exemples d'exclusion sociale sont nombreux et divers...

Les communautés EMMAÜS existent depuis 40 ans et comprennent 2000 compagnons en France. Un compagnon, c'est une personne en grande difficulté, il peut y avoir plein de raisons à cela : addiction, surendettement, maladie psychiatrique, handicap, sous qualification (par exemple pour un jeune qui est à la rue depuis l'âge de douze ans..), illettrisme, analphabétisme...Il y a des gens qui sont complétement paumés, qui ne savent pas quand prendre des douches, quand changer de slip...Ça existe pour des personnes qui frappent à la porte des communautés EMMAÜS et pour celles qui n'iront jamais là bas...Il y a aussi des gens qui n'ont pas leurs papiers depuis plus de dix ans, ils n'ont plus de couverture sociale. Quand on a 32 ans et qu'on à plus de dents, ni de couverture sociale, c'est sure que c'est pas évident de faire tout un tas de truc, comme d'avoir une vie sociale, trouver un boulot...Il y a aussi des sans papiers (des pas français ceux là...).

Les compagnons bossent à EMMAÜS, à Strasbourg, ils sont 40. Cette structure comprend également 10 emplois aidés (dispositif de réinsertion professionnelle pour les chômeurs de longue durée, par exemple...). En ce qui concerne les personnes bénéficiant de ce type de contrat, la communauté de Strasbourg prend les personnes qui ne sont pas retenus dans les chantiers d'insertion, de préférence des femmes, qui sont en général moins retenues que les hommes.

En France, il y a 126 communautés EMMAÜS, dont 35 accueillent des compagnons des deux sexes, les autres n'accueillent que des compagnons hommes. Ceci est du au fait que la population des sans abris, au moment de la création des communautés EMMAÜS, était en grande majorité masculine. La structure strasbourgeoise a pour projet de passer à la mixité dans l’accueil des compagnons. Mais c'est compliqué, cela demande quelques adaptations et quelques investissements, comme en ce qui concerne les douches communes, ou autre...

A Strasbourg, 8 salariés accompagnent ces 50 personnes. Il y a une assistante sociale, une assistante de gestion et logistique, pour notamment coordonner les expéditions et les livraisons, un personnel de direction, un chef de cuisine (obligatoire pour respecter les normes d'accueil du personnel qui mange sur place)...Le ratio de 8 salariés encadrant pour 50 personnes est faible. Les compagnons et salariés n'y arriverait pas sans l'appui de près de 70 bénévoles. Ils sont très différents et vont des intégristes cléricaux, à l'ultra gauche. Cela peut parfois poser des problèmes d'intégration dans une communauté. A ce propos, j'ai entendu une image intéressante avec la salade de fruit, "une communauté, c'est comme une salade de fruit, on veut rentrer dedans tel quel, alors qu'on est une grosse poire. Mais pour rentrer dans la salade de fruit, il faut que la poire soit coupée en petits bouts...Ça aura toujours le goût de la poire, mais ça ne sera pas pareil. La Cerise, plus humble, prenant moins de place, pourra entrer entière.". Le trépied, base des communautés EMMAÜS, est représenté par ses trois composantes essentielles que sont les bénévoles, les salariés et les compagnons. Il peut arriver que des bénévoles, avec leurs convictions propres (les grosses poires), veulent faire leur propre EMMAÜS, organisé à leur sauce, avec leurs petits copains. Il s'agit alors de réorienter les choses vers la mission première des communautés, l'aide aux personnes en difficulté, même si ça peut causer des difficultés dans l'organisation d'un service, parce qu’un compagnon met plus de temps à s'adapter au travail qu'un autre.

Les communautés EMMAÜS, sont des communautés de travail. Elles accompagnent les personnes par le travail, elles cherchent à ce que les compagnons, arrivés dans les structures souvent dans une grande détresse, regagnent leur dignité par le travail. Pour beaucoup de personnes fragiles, le fait de ne pas travailler désocialise. Le fait de se lever le matin, de s'astreindre à des règles, permet à certain de ne pas s'écarter des autres...
EMMAÜS fait appel au travail comme vecteur de socialisation et de solidarité. Dans les communautés, le principe est d'aider celui qui est plus en difficulté que soit, cette aide est valorisante pour celui qui aide et celui qui est aidé.

Depuis 1984, existe une autre structure affiliée à EMMAÜS qui se nomme SOS familles. Elle aide les familles en surendettements et depuis 20 ans et plus de 630 000 Euros ont été injecté à l'attention de ces familles en difficultés.

EMMAÜS, c'est en premier lieu une action sociale pour un public en difficulté. La stratégie en ce sens des communautés, est la lutte par l'action, "on ne subit pas, on agit"...Et c'est dans cet esprit que les communautés tentent d'inculquer aux personnes en difficultés qu'elles accueillent. C'est aussi une dimension économique originale puisque les communautés, contrairement aux structures d'insertion, qui vivent souvent en grande partie sur les subventions publiques, sont auto suffisantes. Elles fonctionnent selon une économie basée sur les ressources disponibles. En simple, cela veut dire, "si tu dépense un euro, dis moi comment gagner un euro..". Ça change de notre bon vieux système économique capitaliste, basé sur l'emprunt en masse à intérêt d'argent qui n'existe pas, car non basé sur des ressources disponibles, ni sur des réserves en capitaux...

Pour fonctionner, EMMAÜS reçoit des dons, vend le matériel récupéré dans ses espaces de vente, trie et récupère les papiers, carton, métaux, encre, palette en bois, matériel électrique et électronique, pour revendre cette matière première à des industriels.

On en parle moins, mais EMMAÜS, c'est écolo. On y redonne vie à des produits encore utilisables, souvent en bon état, (meubles, habits, électroménager parfois..) qui étaient destinés à être jetés. Quand on voit la somme de déchets inutiles produits par l'humanité, un peu de recyclage ne fait pas de mal. Cela fait 60 ans qu’Emmaüs fait du développement durable, ils ont commencé avant tout le monde ! 3000 tonnes sont récoltés chaque année à la communauté de Strasbourg, imaginez ce que ça fait pour toute la France !

Les temps changent...

Depuis la création des premières communautés EMMAÜS, le monde a changé, l'économie a changé, la pauvreté à changé. Il a donc fallu que les structures s'adaptent aux contraintes économiques et a un public en difficulté différent. Avant, les communautés bénéficiaient de l'image protectrice de l'abbé Pierre, c'est moins le cas depuis qu'il est mort. Elles subissent également la concurrence d'autres sociétés privées, qui se sont portée sur le créneau de la récupération d'objets.

Comment vivent les compagnons ? 

Les compagnons sont des personnes accueillies, elle n'ont pas de salaire, mais un pécule (de l'argent de poche en sorte) de 320 euro par mois. Elles sont nourries, logées, blanchies, équipées...EMMAÜS paye leur cotisations sociales utiles comme la retraite. Les compagnons ont un niveau de vie acceptable. Il est vrai qu'une fois toutes les charges payées, les courses faites, beaucoup de monde ne peut pas dire qu'il lui reste plus de 300 euros dans le mois pour ses loisirs...Ça n'est pas non plus le luxe, mais ça parait convenable en faisant quelques comparatifs... Les compagnons sont libres durant leur temps de loisir, c'est à dire hors temps de travail, comme tout le monde...Ils doivent respecter les règles de la communauté lorsqu'ils s'y trouvent.

Ce sont les gens qui viennent dans les communautés et qui demandent s'il y a une place pour eux. Ils sont acceptés par la structure, si celle-ci estime être capable de les accompagner, selon les moyens disponibles et les spécificités des difficultés de la personne qui fait une demande. Une fois dans la communauté, le compagnon doit s'astreindre à des règles en ce qui concerne son temps de travail et son comportement, un peu comme partout. Les personnes accueillies doivent obligatoirement participer au repas de midi et si elles s'inscrivent au repas du soir, elles doivent obligatoirement y participer. Les compagnons ne doivent pas boire ou fumer dans leur chambre, faire des problèmes avec leurs voisins...Il existe quelques villages EMMAÜS en France, ou des familles vivent dans des maison et les visites sont libres, mais ces structures sont plutôt rares.
Les communautés doivent être conscientes de leurs limites au niveau de leur capacité d'accueil. Aujourd'hui, les précaires accueillis sont de plus en plus jeunes, drogués, ayant des problèmes mentaux...Cela complexifie le travail d’accueil. La drogue coute cher, cela provoque des vols, un mensonge sous-jacent créateur de conflits et de violences. Les communautés doivent être capable de gérer cela.
La personne s'occupe d'elle même, il n'y a pas de médecin à EMMAÜS. Si la personne veut se faire soigner, elle est libre d'aller voire un service d'addictologie, la démarche doit venir d'elle. "On l'incite, on lui ouvre les yeux, mais la personne doit prendre ses propres décisions", c'est essentiel dans la voie de son autonomisation.

Les règles changent avec le temps. Avant, les compagnons n'avaient pas le droit d'avoir une voiture ou une mobylette. Ça n'est plus le cas aujourd'hui. Cette année, la communauté strasbourgeoise a accueillie un garçon qui a la garde de son enfant un week-end sur deux. L'adaptation bouscule dans les habitudes, crée des difficultés, lorsqu'un nouveau est accueilli, il l'est avec ses problèmes spécifiques, qui nécessitent de nouvelles problématiques d'accueil.

Quelqu'un qui ne peut pas travailler, ne peut pas rester à la communauté. Il y a bien évidemment des exceptions pour un compagnon ayant subit un accident ou un ancien de la communauté par exemple. Il y a aussi une modularité de l'exigence. Chacun travaille à son rythme, selon ses difficultés, mais les communautés visent tout de même une certaine efficacité, pour des raisons évidentes de contraintes économiques et de viabilité des structures auto financées. Si la communauté à 8 salariés, elle s'engage à payer 8 salaires et doit donc pouvoir les payer grâce à son activité économique, cela en plus de tous les frais de fonctionnement de la communauté. Les liens entre l'efficacité au travail et les investissements "bien être", faits par la communauté sont très vite appréhendés par les compagnons et en général, "ça ne chôme pas et les journées sont longues..."

Les compagnons n'ont pas de contrats de travail, ce sont des personnes accueillies, elles viennent quand elles veulent, peuvent partir comme elles veulent et la communauté peut aussi les faire partir librement. Le statut du compagnon a été voté il y a deux ans à l'assemblée nationale. EMMAÜS est devenu une structure répondant au doux nom d'OACAS (Organe d'Accueil Communautaire d'Activité Solidaire). Ce statut a généré des contraintes de mise aux normes des communautés, notamment au niveau des structures d'accueil des compagnon (Comme la cuisine et le réfectoire en ce qui concerne la structure strasbourgeoise).

Il n'y a pas de norme de durée pour l'accueil d'un compagnon. Il peut rester de 1 jour à toute une vie. En moyenne, un tiers reste moins de 6 mois, un tiers reste de 6 mois à 4 ans et un dernier tiers reste plus longtemps. A Strasbourg, la communauté est pratiquement toujours complète. Là bas, les personnes partent pour des raisons diverses. Elles peuvent repartir vers leur vie d’errance, ou avoir trouvé un travail (mais c'est rare et doit correspondre à environ 1% des cas). Le but d’Emmaüs est d'aider les personnes en difficulté à se reconstruire, en posant ses valises, en vivant selon des règles, en se sociabilisant dans la communauté, en travaillant et non en étant assisté. Chacun aura un temps de reconstruction différent...Les communauté EMMAÜS ne sont pas des structures de réinsertion ayant pour objectif de trouver un travail aux personnes en difficultés, à moins qu'elles en émettent la demande. Les compagnons sont libres et les initiatives de recherches d'emploi, de logement ou autre, ne sont pas pris à leur place, même s'il est évidemment possible de les orienter, de les conseiller si ils le désirent.  

Quand une personne quitte la communauté, elle ne peut pas revenir avant deux ans, mais certaines personnes passent d'une communauté à une autre.

La structure nationale

Les communautés EMMAÜS payent une cotisation à EMMAÜS France, International et Europe à hauteur de 6% de ses revenus. En contrepartie, les structures locales bénéficient de la marque EMMAUS, de son réseau, de sa parole et son poids politique...Par exemple, j'ai été faire un tour sur le site internet national et la première phrase que j'y ai vu est la suivante :

"Aujourd’hui notre société est au bord de l’explosion sociale.
Dans quelques mois, en donnant notre voix, c’est pour un nouveau modèle de société que nous devrons nous prononcer. Une société plus solidaire, qui saura reconnaître la richesse et le potentiel qui existent parmi chacun
d’entre nous, y compris les plus faibles. Demain, pour eux, pour nous, faisons enfin le choix d’investir dans l’humain !"

Et parce que je pense qu'ils parlent mieux de leur action que moi, je vous renvoi à un autre copié/collé de leur site : "Tout au long de son histoire, Emmaüs, Mouvement solidaire et laïc, a toujours su être innovant et réactif en adaptant les combats qu’il porte concrètement contre l’exclusion aux mutations de la misère. C’est la spécificité d’un mouvement solidaire toujours tourné vers la réalité du terrain qui, en mettant le travail au cœur de sa pratique, accueille sans restriction ceux qui en ont besoin. C’est aussi ce qui permet à Emmaüs, à chaque fois que cela est nécessaire, d’intervenir de manière libre dans le débat public en opposant ses propres pratiques. "
Mesdames et Messieurs les candidats, ceci est notre voie, ceci doit être votre engagement !

Conclusion :

Voilà en résumé, les données les plus objectives que j'ai pu tiré de mon passage d'une journée à la communauté de Strasbourg. EMMAUS existe depuis le milieu du 20e siècle et tente d'agir avec tout son poids contre la misère et l'exclusion. Les communauté fonctionnent, ne cherchent pas un résultats de resocialisation à tous prix pour avoir des subventions publiques, mais simplement à rendre leur dignité à des personnes mis au ban de notre société, en leur faisant gagner leur pain eux même en travaillant. Vous le savez si vous lisez régulièrement ce le Gustavson's Blog, je ne suis pas un fan de la sacralisation du travail, la plupart du temps, c'est de l'esclavage au profit du capital, mais ici, Emmaüs ne fonctionne pas selon les mêmes principes de soumission des peuples, inhérents à la société capitaliste. Il y a des gens que cette société à cassé, broyé, mis à la rue, dans l'isolement, les addictions, la misère...A ceux là, le travail redonne gout à la vie, les fait reprendre un rythme plus sain pour leur corps et leur esprits...Les compagnons viennent s'ils en font la demande, on ne les force pas et ils sont libres de partir dès qu'ils le souhaitent. Emmaüs est une structure crée par l'abée Pierre dans l'urgence de la pauvreté et cette urgence n'a hélas jamais disparue, alors Emmaüs est encore là, un demi siècle après.

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